Les fondements de ce qui deviendrait Dassault Aviation sont inextricablement liés à l'industrie aéronautique française en plein essor dans l'après Première Guerre mondiale et à la vision entrepreneuriale de Marcel Bloch, qui adopterait plus tard le nom de Marcel Dassault. L'après Première Guerre mondiale a transformé le paysage mondial, impactant profondément le développement industriel, en particulier dans des secteurs naissants comme l'aviation. La France, pionnière du vol et grand producteur d'avions pendant le conflit, a dû relever le double défi de démobiliser sa vaste industrie aéronautique de guerre et de se repositionner pour la paix. Alors que la production de guerre avait vu des milliers d'avions construits, souvent en bois et en toile, la fin des années 1920 annonçait une nouvelle ère de structures entièrement métalliques, de moteurs plus puissants et de principes aérodynamiques avancés. Le contexte initial de la fin des années 1920 présentait un paysage propice à l'innovation dans la conception et la fabrication d'avions. Bien que la France possédât une base industrielle significative et un fort héritage d'accomplissements aéronautiques, la commercialisation et la production de masse d'avions en étaient encore à des stades relativement précoces de développement, en particulier pour les entreprises privées cherchant à rivaliser pour des contrats militaires.
Le parcours de Marcel Bloch a fourni une base solide pour ses futures entreprises. Diplômé de Supaéro (École Nationale Supérieure de l'Aéronautique et de l'Espace) en 1913, le talent d'ingénieur de Marcel Bloch était évident dès le début. Pendant la Première Guerre mondiale, il a apporté des contributions significatives à la conception d'hélices, notamment avec l'hélice Éclair, qui a été largement utilisée sur les avions militaires français. Ce travail impliquait non seulement une compréhension théorique mais aussi un engagement pratique avec la science des matériaux, les processus de fabrication et les exigences rigoureuses des conditions de combat. Son implication s'est étendue à la collaboration sur des conceptions d'avions, y compris le chasseur triplan SEA IV en partenariat avec Henry Potez et Louis Coroller. Cette expérience fondamentale lui a permis d'acquérir une compréhension sans pareille de l'aérodynamique, de l'intégrité structurelle et de l'interaction critique entre conception et performance opérationnelle, façonnant son approche future du développement d'avions. Après l'armistice, comme de nombreux entrepreneurs, Bloch a diversifié ses intérêts, s'engageant dans diverses entreprises en dehors de l'aviation, y compris l'immobilier et la production cinématographique. Ces expériences ont aiguisé son sens des affaires, ses compétences en gestion financière et ses capacités de planification stratégique. Cependant, sa passion profonde pour l'innovation aéronautique est restée intacte, le ramenant vers l'industrie qu'il était destiné à façonner.
La fin des années 1920 représentait une période de transition et de réarmement naissant pour les puissances européennes. Alors que le traité de Versailles contraignait l'Allemagne, d'autres nations, y compris la France, commençaient à envisager la modernisation de leurs forces aériennes, allant au-delà des conceptions excédentaires de la Grande Guerre. Les exigences de l'aviation militaire évoluaient rapidement, nécessitant des avions plus rapides, capables de transporter des charges plus lourdes, possédant une plus grande portée et offrant une fiabilité accrue. Cet environnement présentait une opportunité convaincante pour des entrepreneurs visionnaires. Bloch a reconnu le besoin croissant d'avions plus sophistiqués et fiables alors que les forces aériennes du monde entier commençaient à se professionnaliser et à étendre leurs capacités au-delà des conceptions fondamentales de l'ère du conflit. Son concept commercial initial était centré sur la conception et la production d'avions avancés et robustes, ciblant principalement les exigences évolutives de l'armée française. Sa proposition de valeur était ancrée dans l'excellence en ingénierie, mettant spécifiquement l'accent sur des techniques de construction en métal innovantes qui offraient des rapports résistance/poids supérieurs et une durabilité accrue par rapport aux conceptions en bois et en toile prédominantes. Cette approche promettait non seulement des performances améliorées mais aussi une plus grande longévité et une réduction de l'entretien. De plus, Bloch visait une agilité organisationnelle qui permettrait à sa société de prototyper rapidement et d'adapter les conceptions aux besoins opérationnels spécifiques, un avantage critique dans un secteur où la technologie avançait rapidement et où les doctrines militaires étaient en évolution. Cela contrastait fortement avec les cycles de développement souvent plus lents et bureaucratiques des grandes entreprises établies.
L'industrie aéronautique française de l'époque était caractérisée par un paysage concurrentiel diversifié, mais fragmenté. Des acteurs établis comme Breguet, Potez, Farman, Blériot-SPAD et Morane-Saulnier détenaient une part de marché significative, bénéficiant souvent de contrats hérités et d'infrastructures de fabrication plus importantes. Ces entreprises avaient considérablement grandi pendant la Première Guerre mondiale et entretenaient des relations de longue date avec le ministère français de l'Air. Pour un nouvel arrivant comme Bloch, sécuriser un capital initial était un obstacle redoutable. Bien que les chiffres spécifiques soient difficiles à établir pour cette première phase avant l'incorporation, le financement de démarrage aurait été obtenu à partir de capitaux personnels, potentiellement augmentés par de petits investissements privés, une pratique courante pour les entreprises entrepreneuriales à une époque précédant le capital-risque généralisé. Au-delà du capital, naviguer dans les processus d'approvisionnement complexes des agences de défense gouvernementales, en particulier le Service Technique et Industriel de l'Aéronautique (STIA), nécessitait non seulement une supériorité technique mais aussi un sens politique et de la patience. Les contrats étaient généralement attribués par le biais d'appels d'offres compétitifs, impliquant des spécifications techniques détaillées, des évaluations de prototypes et des essais en vol rigoureux. La stratégie de Bloch consistait à démontrer des solutions techniques supérieures et une fiabilité, en se concentrant sur des conceptions innovantes, souvent entièrement métalliques, qui promettaient des performances améliorées et une intégrité structurelle. Cette approche de conception méticuleuse, s'appuyant sur ses expériences antérieures avec des avions de guerre, visait à différencier ses propositions de la concurrence, qui s'appuyait souvent sur des méthodes de construction plus conventionnelles. Les conditions économiques précédant 1929, bien que généralement stables pour la France par rapport à certaines autres nations européennes, présentaient encore des défis. L'économie mondiale était volatile, et l'investissement dans l'industrie lourde, bien que soutenu par les budgets de défense gouvernementaux, était toujours soumis à des contraintes budgétaires. Malgré ces vents contraires, la conviction de Bloch dans l'avenir de l'aviation, en particulier de l'aviation militaire, restait inébranlable.
En 1929, Marcel Bloch avait méticuleusement posé les bases de son retour à la fabrication d'avions à plein temps. L'aboutissement de ce travail préparatoire fut la création formelle de la Société des Avions Marcel Bloch (SAMB). Cette incorporation marquait une étape significative, fournissant le cadre légal et organisationnel nécessaire pour poursuivre des projets plus importants et sécuriser des contrats substantiels. L'équipe initiale était petite mais hautement qualifiée, composée d'environ 10 à 15 ingénieurs, dessinateurs et personnel administratif, dont beaucoup étaient issus du réseau professionnel de Bloch cultivé durant ses années à Supaéro et pendant la guerre. Ces premiers employés opéraient depuis un modeste bureau de conception et un atelier, probablement situés dans la région parisienne, un centre d'activité aéronautique française. Les archives indiquent que la société a immédiatement commencé à travailler sur plusieurs prototypes, passant de la conception conceptuelle à l'ingénierie tangible. Parmi les premiers projets figuraient des propositions pour des avions de transport léger et des prototypes militaires polyvalents, tels que les conceptions initiales de ce qui deviendrait le Bloch MB.60 et le MB.70, des avions destinés aux services postaux et au transport de passagers, respectivement, bien que ceux-ci aient connu une production limitée. Ces premières initiatives ont démontré les capacités naissantes de la SAMB et son intention stratégique de répondre à la fois aux besoins militaires et civils, mettant en avant la croyance de Bloch dans le potentiel d'utilisation duale des conceptions d'avions robustes. L'établissement formel de la SAMB a positionné l'entreprise pour rivaliser pour la prochaine génération de programmes d'aviation militaire française, signalant l'intention sérieuse de Bloch de devenir un acteur clé dans la production aéronautique nationale à un moment où la modernisation de l'armée de l'air française devenait une priorité nationale de plus en plus critique.
La période précédant la fondation officielle a impliqué un travail intensif de conception, d'analyse de marché et une évaluation minutieuse des opportunités spécifiques au sein du secteur de la défense français. Bloch a méticuleusement constitué son équipe, en mettant l'accent sur l'expertise dans des technologies émergentes comme la construction monocoque entièrement métallique, un départ significatif par rapport aux conceptions de biplans prédominantes. Le capital initial, bien que modeste selon les normes des fabricants établis, a été déployé stratégiquement pour développer des prototypes initiaux et établir un bureau de conception rudimentaire mais hautement efficace. Cette phase était caractérisée par un rigor intellectuel et une approche pragmatique du développement industriel, posant les bases pour une future expansion et innovation. L'objectif immédiat de l'entreprise était de sécuriser son premier contrat de production majeur, passant du concept à une production tangible.
La vision stratégique articulée à l'époque soulignait un engagement envers l'autonomie en matière de conception et de fabrication, un principe qui définirait plus tard une grande partie de la philosophie opérationnelle de Dassault Aviation. Cela incluait le développement de méthodes de conception propriétaires et la promotion de capacités de fabrication internes, plutôt que de s'appuyer fortement sur des licences ou des fournisseurs externes pour les technologies de base. Marcel Bloch visait à créer une entreprise agile capable d'itérations rapides et de leadership technologique, un contrepoint à certains des grands entrepreneurs de défense plus bureaucratiques de l'époque. Cet accent sur la compétence technique interne et des cycles de développement efficaces offrait un avantage concurrentiel critique, en particulier alors que le climat géopolitique en Europe commençait à s'intensifier suite à la montée des régimes totalitaires et à une nouvelle montée en puissance militaire. Le spectre grandissant du réarmement à travers le continent suggérait une demande accrue et soutenue pour des avions militaires de haute performance. Avec son établissement officiel, la SAMB était prête à se lancer dans ses projets inauguraux, prête à traduire la vision de son fondateur d'excellence en ingénierie et d'agilité opérationnelle en réalisations concrètes dans le domaine aérospatial, préparant le terrain pour des décennies d'innovation.
